L'égalité, ça compte

LA JUSTICE CLIMATIQUE EST UNE JUSTICE DE GENRE

Mon volontariat en Ouganda, en tant que conseiller en environnement et adaptation climatique, a transformé ma perception de la justice climatique et de l’égalité des genres. Avant d’arriver, j’avais lu des rapports, des stratégies et des cadres théoriques. Sur le terrain, ces idées ont pris des visages humains, des voix et des réalités quotidiennes qu’aucun document ne pourrait pleinement capturer. Grâce à ce travail, une évidence s’est imposée à moi : les questions climatiques et environnementales sont profondément liées à l’égalité des genres.

À mesure que le changement climatique s’intensifie, les femmes et les filles en portent le fardeau le plus lourd. Elles travaillent plus d’heures, font face à une insécurité croissante et disposent de moins de ressources pour rebondir. S’attaquer au changement climatique est donc essentiel pour protéger les femmes et les filles, promouvoir la justice et créer des communautés plus sûres et plus saines. Dans de nombreuses communautés, particulièrement dans les pays du Sud, les femmes et les filles sont souvent les plus touchées par les impacts climatiques tels que les sécheresses, les inondations, l’insécurité alimentaire et les déplacements. Parallèlement, elles sont fréquemment exclues des espaces de décision où les solutions climatiques sont conçues. Ce déséquilibre n’est pas accidentel : il est façonné par des inégalités sociales, économiques et politiques de longue date. Toute réponse sérieuse au changement climatique doit donc inclure la protection et l’autonomisation des femmes et des filles.

En Ouganda, le changement climatique fait déjà partie du quotidien. Des pluies imprévisibles, des inondations fréquentes, des sécheresses prolongées et la dégradation de l’environnement menacent continuellement la production alimentaire, l’accès à l’eau, la santé et les revenus des ménages. Ces défis pèsent sur toutes les communautés, mais ce sont les femmes et les filles qui en souffrent le plus. Lorsque les récoltes échouent ou que l’eau se fait rare, ce sont généralement les femmes qui doivent trouver des alternatives. Lorsque les inondations détruisent les maisons, ce sont les femmes qui reconstruisent la stabilité familiale. L’action climatique ne consiste pas seulement à protéger la nature, mais aussi à protéger les populations.

Lors d’activités d’engagement communautaire à Kampala, j’ai entendu le témoignage d’une jeune écolière de Bwaise II, un quartier informel souffrant de mauvais drainage et d’inondations régulières. Elle a raconté comment les inondations et le manque d’assainissement forcent parfois les enfants à manquer l’école car ils ne peuvent pas se rendre en classe en toute sécurité. Son histoire m’a rappelé que le stress climatique vole lentement des opportunités, en particulier aux filles qui tentent de terminer leurs études.

Renforcer la résilience climatique par l’égalité des genres

Dans de nombreux foyers ougandais, les femmes sont responsables de la collecte de l’eau et du bois de chauffage, du soin des familles et du maintien des moyens de subsistance. Tout cela dépend des ressources foncières. À mesure que les pressions climatiques augmentent, les risques tels que l’insécurité alimentaire, les déplacements et l’exposition à la violence s’accroissent également. C’est pourquoi la plupart des organisations partenaires que je soutiens se concentrent aussi sur la justice de genre dans leur travail climatique.

Les trois organisations partenaires que j’accompagne — Action for Development, FIDA Uganda et Rape Hurts Foundation — renforcent la résilience climatique par des approches fondées sur les droits et centrées sur les survivants. Elles aident les femmes à résoudre les conflits fonciers, la pollution et la mauvaise gestion environnementale. Elles soutiennent les survivantes de violences basées sur le genre pour qu’elles reconstruisent leur vie et acquièrent des compétences pratiques. Leurs efforts combinés montrent ce qui est possible lorsque le leadership local et la solidarité mondiale s’unissent.

SOUTENIR LES SOLUTIONS LOCALES

Une action climatique efficace naît de la base. Les approches descendantes (« top-down ») échouent souvent à prendre en compte les réalités locales, en particulier les dynamiques de genre. En revanche, les initiatives conçues et dirigées par les communautés ont tendance à être plus durables et inclusives. Au cours de mon parcours avec ces organisations, j’ai vu comment des politiques solides, l’engagement communautaire et l’accès à la justice favorisent un changement environnemental durable. Cette expérience a renforcé ma conviction que l’action climatique est plus efficace lorsqu’elle protège les droits, autonomise les communautés et promeut la durabilité à tous les niveaux. Ceux qui sont les plus touchés par le changement climatique sont souvent ceux qui ont le moins d’influence sur les solutions.

Pourtant, j’ai été témoin d’une résilience et d’un leadership remarquables chez les femmes. Dans plusieurs communautés, des femmes se sont organisées en groupes pour investir dans des pratiques agricoles résilientes, expérimentant des cultures résistantes à la sécheresse grâce à une irrigation à petite échelle. Ces initiatives n’ont pas été impulsées par des acteurs externes ; c’étaient des réponses communautaires façonnées par l’expérience vécue.

Lors d’une session de formation, une participante a partagé une réflexion qui m’est restée : « Nous avons toujours fait un travail lié au climat, mais nous avons maintenant le langage et la structure pour le montrer clairement, le renforcer et planifier sur le long terme. » Des moments comme celui-ci montrent l’importance de connecter le travail communautaire quotidien à des cadres clairs et une compréhension partagée.

Avec le soutien de Carrefour International, deux de ces organisations ont élaboré des politiques environnementales via des processus collectifs et participatifs. Ces politiques guideront les décisions futures et garantiront que l’action climatique reste au cœur de leur mission.

LES FEMMES ET LES ORGANISATIONS EN TÊTE DU CHANGEMENT

Grâce à mon affectation, j’ai travaillé étroitement avec trois organisations ougandaises inspirantes. Chacune mène le changement à sa manière, et chacune a façonné ma compréhension de la façon dont la justice de genre renforce la justice climatique.

  • Action for Development (ACFODE) soutient l’autonomisation sociale et économique des femmes, en particulier pour les moyens de subsistance basés sur l’agriculture et les ressources naturelles. ACFODE m’a appris que lorsque les femmes acquièrent des compétences et des opportunités de leadership, les familles s’adaptent plus efficacement aux chocs climatiques.

  • FIDA Uganda fournit une aide juridique, des services de plaidoyer et œuvre pour des réformes politiques en faveur des femmes et des enfants. Grâce à la FIDA, j’ai appris que l’autonomisation juridique aide les femmes à revendiquer leurs droits fonciers, à contester les injustices environnementales et à participer à la prise de décision.

  • Rape Hurts Foundation (RHF) travaille avec les survivantes de violences sexuelles et les communautés touchées par les déplacements à Jinja et dans les districts environnants. RHF m’a enseigné que la compassion, la protection et le développement des compétences sont essentiels pour aider les survivantes à se reconstruire après des crises liées au climat.

Ces partenaires m’ont démontré qu’une action climatique significative doit impérativement protéger les droits et autonomiser les femmes et les filles.

DE PETITES ACTIONS POUR UN IMPACT RÉEL

En Ouganda, des étapes concrètes et régulières redonnent espoir. Des activités comme les nettoyages communautaires, les dialogues sur la gestion des déchets, les ateliers sur la justice climatique et la cartographie des risques environnementaux dirigée par des femmes changent les mentalités et encouragent la responsabilité.

Lors d’un atelier, une jeune femme s’est levée et a déclaré qu’elle se sentait confiante pour parler des questions environnementales pour la première fois. Comprendre ses droits et les liens entre le climat et la vie quotidienne lui a donné le courage de continuer à se battre pour un avenir plus vert.

En tant que volontaire, mon rôle n’est pas de diriger, mais d’écouter, de soutenir et d’apprendre. J’ai appris qu’une action climatique efficace commence par l’humilité. Elle exige de reconnaître que les communautés comprennent déjà leurs défis et possèdent souvent des solutions ancrées dans le savoir local. Une action climatique sensible au genre signifie créer un espace pour que les femmes puissent s’exprimer, être entendues et influencer les décisions qui affectent leur vie.

Mon volontariat en Ouganda m’a poussé à réfléchir à ma propre position. La justice climatique ne concerne pas seulement ce qui se passe dans les communautés vulnérables. C’est aussi une question de responsabilité mondiale, d’émissions historiques et de structures de pouvoir inégales. Les impacts dont j’ai été témoin en Ouganda sont liés à des décisions prises bien au-delà de ses frontières.

L’action climatique n’est pas seulement technique, elle est profondément humaine. Lorsque nous comprenons les impacts différenciés du changement climatique selon le genre, nous commençons à voir apparaître des solutions plus claires et plus inclusives.

Wilver Ongoro, Conseillère en environnement et adaptation au changement climatique en Ouganda, 2026.

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