Selon une étude de la « Global Boyhood Initiative », 10 % des financements mondiaux consacrés aux questions de genre sont alloués à des programmes ciblant les garçons et les jeunes hommes, tandis que plus de 90 % des fonds restants sont destinés à des initiatives axées sur les filles et les femmes. Partout dans le monde, et tout particulièrement en Afrique australe, des efforts considérables ont été déployés pour soutenir les filles. Il est vrai que des années d’inégalités ont privé les filles d’accès à l’éducation, aux soins de santé et à des rôles de leadership. Entre autres facteurs, l’essor du mouvement féministe au fil des ans a profondément façonné la conscience collective. De nombreux programmes de développement, tant internationaux que locaux, ont été mis en place pour permettre aux filles et aux jeunes femmes de réaliser leur plein potentiel. Ces efforts sont nécessaires et doivent se poursuivre. Toutefois, alors que nous avons œuvré à l’émancipation des filles, certains éléments donnent à penser que nous avons, sans le vouloir, laissé les garçons de côté. Dans notre lutte pour l’égalité des genres, les garçons deviennent, en quelque sorte, les « oubliés ». Cela étant dit, il est important de saluer les progrès accomplis en faveur des filles et des jeunes femmes.
Au Swaziland (Eswatini), par exemple, la scolarisation des filles dans le primaire a connu une amélioration significative au fil des ans. Dans certaines régions, les filles surpassent désormais les garçons, tant sur le plan scolaire que dans d’autres sphères sociales, accédant notamment à des postes à responsabilité qui étaient autrefois réservés aux hommes. De nombreuses organisations fournissent aux filles des fournitures scolaires, des kits d’hygiène essentiels, un accompagnement par le mentorat, ainsi que des programmes gratuits visant leur autonomisation. Il s’agit là de mesures concrètes destinées à favoriser l’épanouissement des jeunes filles. En revanche, lorsqu’on s’intéresse aux garçons et aux jeunes hommes, on constate une quasi-absence de programmes similaires ; dans certains endroits, ils n’existent tout simplement pas. Les garçons sont souvent relégués au second plan, censés « se débrouiller seuls » et, dans certains cas, livrés à eux-mêmes en ce qui concerne leur développement émotionnel et mental. On oublie trop souvent que les garçons ont, eux aussi, besoin de soutien, d’encadrement et d’une attention particulière — sur les plans émotionnel, mental, scolaire et personnel. Partout dans le monde, les normes sociales imposent aux garçons d’être durs, forts et silencieux. On leur intime de ne pas exprimer leurs émotions, sous prétexte que cela témoignerait d’une faiblesse — ce qui constitue, par essence, le fondement même de la « masculinité toxique ». Résultat : les garçons grandissent souvent dans la confusion, sans soutien, émotionnellement anesthésiés et, parfois, en proie à une forme de stagnation mentale.

Le manque de soutien apporté aux garçons se fait déjà sentir au sein de notre société : le taux de décrochage scolaire et le phénomène des gangs sont en hausse chez eux. De plus en plus de garçons quittent l’école prématurément, poussés par l’injonction de « faire preuve de virilité » et de gagner de l’argent, ou en raison de mauvais résultats scolaires, d’un manque d’encadrement et d’un soutien social insuffisant. Pire encore, certains se retrouvent dans le système carcéral à un âge trop précoce pour espérer une réinsertion ou une réhabilitation, ce qui les expose à une stigmatisation et à des discriminations durables. Faute d’accompagnement, certains garçons se tournent vers la drogue, l’alcool ou la violence pour faire face à leur frustration, à la pauvreté ou à la solitude ; d’autres sombrent dans la dépression et finissent par mettre fin à leurs jours. Dès l’âge de 13 ans, une vie pleine de promesses est ainsi perdue — pour les familles, les communautés et la société dans son ensemble.
Selon l’UNICEF, les taux de dépression et de suicide sont en hausse chez les jeunes, en particulier chez les garçons. Si les filles sont plus susceptibles de faire des tentatives de suicide, les garçons, eux, sont plus susceptibles de mourir par suicide. Par ailleurs, faute d’apprendre le respect, l’empathie et l’intelligence émotionnelle, de nombreux garçons grandissent sans savoir comment traiter les femmes et les filles, ce qui entraîne une augmentation des violences fondées sur le genre. Cela renforce les cycles de maltraitance et d’inégalité au sein de la société. Si nous continuons à négliger les garçons, nous semons les germes de problèmes futurs : inégalités extrêmes entre les sexes, foyers désagrégés, crimes violents et générations entières de jeunes hommes perdues.
Certaines personnes croient, à tort, qu’aider les garçons se fait au détriment des filles. C’est faux : les garçons sont tout aussi importants que les filles ; ensemble, ils forment le noyau de la société : la famille. Investir dans les garçons, c’est aussi soutenir les filles et les femmes, car les garçons apprendront à les respecter et à ne pas leur faire de mal. Investir dans les garçons, c’est également favoriser la création de foyers sains, car ils deviendront des pères et des partenaires responsables, ainsi que des modèles positifs pour les générations futures. Investir dans les garçons, c’est bâtir des communautés sûres, car ils deviendront des membres productifs et pacifiques de la société, contribuant ainsi à réduire la population carcérale, ainsi que les coûts médicaux et juridiques engendrés par la violence fondée sur le genre, le grand banditisme et d’autres formes de violence.
Un garçon doté d’une intelligence émotionnelle, qui traite autrui avec respect et possède une bonne estime de soi, est moins susceptible de causer du tort ; il peut même être en mesure de s’opposer aux auteurs de violences. Une véritable égalité entre les genes implique d’élever les deux genres, et non un seul. En Eswatini, une organisation œuvre discrètement mais efficacement pour combler cette lacune : Kwakha Indvodza (KI), ce qui signifie « Construire un homme » en siswati, la langue locale. KI est la première et la seule organisation du pays dédiée au mentorat masculin. Depuis 2012, KI aide les garçons et les hommes à devenir une meilleure version d’eux-mêmes, notamment par le biais de programmes de mentorat dans les écoles et les communautés, d’ateliers sur la paternité et la masculinité, de campagnes de santé axées sur le VIH/sida, le bien-être mental et la responsabilité sexuelle, ainsi que par la transmission de compétences entrepreneuriales et de savoir-être aux jeunes.
Rien qu’en 2020, KI a touché et mobilisé 500 413 personnes à travers l’Eswatini. En 2024, KI a accompagné 2 333 jeunes hommes et garçons dans le cadre de ses programmes axés sur les normes de genre et leur transformation, parmi bien d’autres initiatives. Il ne s’agit pas seulement de chiffres ; ce sont des vies transformées. Bon nombre de jeunes hommes ayant suivi les programmes de KI sont, à leur tour, devenus des mentors.
Malgré des besoins évidents et un impact démontré, les programmes destinés aux garçons restent largement sous-financés. Il ne s’agit pas de remettre en cause le financement des programmes pour les filles, mais se concentrer sur un seul genre finit, à long terme, par nuire à la société dans son ensemble. Je plaide donc pour un équilibre, afin que les efforts mondiaux en faveur de l’égalité des genres ne se traduisent pas par une simple inversion des inégalités — où les garçons se retrouveraient, à leur tour, en situation de désavantage, perpétuant ainsi un cycle d’inégalités. À mon sens, nous approchons dangereusement de ce stade ; un changement d’approche s’impose de toute urgence.
Lorsque les garçons sont exclus, ils développent du ressentiment, de la confusion et une attitude réactive. Ils se sentent comme des étrangers au sein de leur propre communauté. Ils finissent par croire que le monde se désintéresse d’eux. Et s’ils en sont convaincus, pourquoi se soucieraient-ils, en retour, du monde qui les entoure ? Ils risquent alors de canaliser leur énergie, leur colère et leur frustration vers des comportements destructeurs. Kwakha Indvodza est prête à intensifier ses actions ; ce changement d’approche, à l’échelle mondiale, commence par vous. Des financements, des ressources et des partenariats sont indispensables pour atteindre davantage de garçons et amplifier ce travail qui transforme des vies.
Un don permet à une organisation comme Kwakha Indvodza de former un mentor, de mener des programmes en milieu scolaire, de proposer un accompagnement psychologique ou un soutien en matière de santé mentale, d’aider un garçon à surmonter les épreuves de la vie, ou encore de doter un futur père des compétences parentales nécessaires. Ne laissons pas nos garçons de côté, ne les laissons pas seuls. Si le monde a accompli des progrès considérables en faveur des filles, les garçons, aujourd’hui, appellent à l’aide. Il est temps de rétablir l’équilibre. Élevons des garçons qui soient bienveillants, respectueux, responsables et émotionnellement solides. Donnons-leur les outils dont ils ont besoin pour réussir – non seulement pour eux-mêmes, mais aussi pour leurs sœurs, leurs futures épouses, leurs enfants et leur pays.
Article de Bolu Michael-Biyi (Volontaire)


