Près de dix ans plus tard, en 1989, Carrefour canadien international recruta Hill pour diriger un groupe en Afrique de l’Ouest, cette fois au Mali. Ce voyage eut lieu alors qu’il écrivait son premier roman, Une grande chose. Ce fut sa rencontre la plus intense et la plus intime avec la culture africaine.
« Cette fois, outre notre séjour dans la capitale, où nous étions tous logés ensemble, nous étions hébergés dans des familles. C’était absolument fascinant d’être hébergés individuellement, ce qui était beaucoup plus satisfaisant pour moi, car il y avait beaucoup moins de culture canadienne et davantage d’attention portée à l’Afrique », raconte Hill. « Il y avait des familles musulmanes polygames, ce qui représentait un changement radical par rapport à la classe moyenne canadienne. Et ce fut une introduction intéressante à l’islam, grâce à la décence et à la gentillesse de ma famille d’accueil. »
L’expérience de Hill au Mali allait devenir essentielle à son roman à succès, Le Livre des Nègres. La protagoniste de l’histoire, Aminata Diallo, y commence son voyage, menant une vie simple de villageois avant d’être kidnappée par des marchands d’esclaves africains.
« Je faisais des recherches pour Le Livre des Nègres sans même m’en rendre compte, simplement en allant souvent en Afrique », explique Hill. « Je ne pense pas que j’aurais pu l’écrire si je n’étais pas allé en Afrique, et je ne pense pas que j’aurais eu la confiance nécessaire pour essayer si je n’y étais pas allé à plusieurs reprises et si je n’avais pas pu visualiser les sujets que j’écrivais. »
L’histoire a également un lien avec le Canada. Après la guerre d’Indépendance américaine, des milliers de loyalistes noirs se sont installés en Nouvelle-Écosse. Leurs noms, leurs origines et leurs descriptions ont été inscrits dans le Livre des Nègres, d’où le roman de Hill tire son titre. Après avoir vu son nom inscrit dans le registre, l’héroïne de Hill se retrouve mêlée à un incident méconnu de l’histoire canadienne : 1 200 loyalistes noirs, mécontents de leur vie en Nouvelle-Écosse, ont embarqué sur quinze navires pour la côte ouest-africaine, s’installant finalement dans ce qui est aujourd’hui la Sierra Leone.
« Mon personnage doit inscrire son nom dans ce livre pour quitter Manhattan. Elle arrive en Nouvelle-Écosse, puis, dix ans plus tard, retourne en Afrique », explique Hill. « En résumé, l’originalité de l’histoire réside dans le fait qu’il s’agit d’un retour en Afrique. Ce n’est pas seulement une histoire de liberté en Afrique puis d’esclavage, ce qui est le cas, mais aussi une histoire de libération ultime et de retour à la mère patrie. »
Alors que la riche mosaïque de cultures et de peuples de l’Afrique continue de stimuler l’imagination de Hill, les crises actuelles qui touchent de nombreuses régions du continent suscitent une réaction passionnée de la part de l’auteur. Dans un récent éditorial du Toronto Star, cosigné par l’ancienne cheffe du NPD fédéral, Audrey McLaughlin, Hill soutient que les décideurs politiques ne doivent pas fermer les yeux sur les souffrances humaines qui se produisent au-delà de leurs frontières et doivent s’engager à fournir une aide plus importante et plus efficace, à adopter des politiques commerciales qui aident plutôt qu’elles ne freinent les populations vulnérables et à accorder un allègement inconditionnel de la dette.
« Nous avons assisté sans rien faire au génocide rwandais, nous avons assisté sans rien faire au sida qui ravageait le continent, et nous n’avons fait qu’une fraction de ce que nous aurions pu faire en tant que Canadiens », déclare Hill. « Nous sommes responsables des hommes et des femmes de la planète. Je ne pense pas que l’on soit seulement responsable de se soucier des gens qui vivent chez soi ou dans son jardin. Un décès ou une vie misérable au Mali ne signifie rien de moins qu’un décès ou une vie misérable au Canada. »
Lawrence Hill a été bénévole pour Carrefour au Niger en 1979, au Cameroun en 1981 et au Mali en 1989. Ses romans et essais ont été salués par la critique. Son troisième roman, The Book of Negroes, a été publié en 2007 au Canada et Someone Knows My Name aux États-Unis. Il a remporté le Commonwealth Writers’ Prize du meilleur livre en 2008 et le Rogers Writers’ Trust Fiction Prize en 2007, et a été nominé pour le Hurston/Wright Legacy Award.