Lawrence Hill

Lawrence Hill – Répondre à l’appel de l’Afrique

(Niger 1979, Cameroun 1981, Mali 1989, Swaziland 2014)

Les paysages, les peuples et l’histoire de l’Afrique ont envahi la conscience de l’auteur Lawrence Hill. Son sixième roman, The Book of Negroes, s’ouvre et se clos sur le continent, et nous invite à suivre le voyage d’une femme de l’Afrique de l’Ouest, aux plantations de la Caroline du Sud jusqu’aux côtes de la Nouvelle-Écosse.

« Ce sont les mémoires d’une vieille femme africaine qui a vécu dans la seconde moitié du 18e siècle », explique Lawrence Hill. « C’est une histoire qui, au 18e siècle, fait le va-et-vient dans le temps et dans l’espace en traversant les océans. »

Le va-et-vient de l’auteur débuta en 1979 lorsqu’il décida de participer à un mandat international au Niger avec Carrefour canadien international. Lawrence Hill, avec six autres volontaires, a passé deux mois au Sahel où il a vécu et travaillé avec des Nigériens pour y planter des arbres tout en découvrant une culture et un mode de vie différent. Ce fut le déclencheur d’une nouvelle prise de conscience raconte Lawrence Hill.

« Pour moi, cette expérience était un peu plus compliquée du simple fait de mon métissage. Bien sûr, au début, je voulais vraiment m’intégrer et être perçu comme l’un des leurs, explique-t-il. Mais je vivais une période très tumultueuse sur le plan émotionnel, et lorsque j’ai finalement vu la lumière au bout du tunnel, j’étais beaucoup plus en phase moi-même et mes besoins n’étaient plus les mêmes que ceux qui étaient les miens la toute première fois que j’ai mis le pied sur ce continent à savoir, d’être identifié, reconnu et perçu comme un Africain. »

De cette expérience, Lawrence Hill en a fait une nouvelle, qui fut la première à être publiée dans une revue littéraire. Intitulée My Side of the Fence », cette nouvelle fut aussi publiée dans la lettre d’information de Carrefour qui s’appelait à l’époque « Crossworld ». Deux années plus tard, Lawrence retournera en Afrique, à la tête d’un mandat de groupe au Cameroun en 1981.

« Ce fut une grande leçon pour moi cette diversité de l’Afrique. Les pays sont tellement différents, explique-t-il. Le Cameroun est intéressant parce qu’il est officiellement bilingue anglais et français et, à ma connaissance, c’est le seul pays au monde, avec le Canada, officiellement bilingue. » Un peu moins de dix ans plus tard, Carrefour canadien international retrouvera Lawrence Hill à la tête d’un groupe de volontaires pour le Mali. Ce voyage arriva au moment où Lawrence Hill travaillait à son premier roman Some Great Thing. Au dire de l’auteur, ce voyage au Mali fut une rencontre puissante et personnelle avec la culture africaine.

« Cette fois-ci, à l’exception de notre séjour à la Capitale, où nous étions logés ensemble, nous vivions dans des familles d’accueil. C’était absolument fascinant de se retrouver seul dans une famille et j’ai trouvé cela beaucoup plus plaisant, puisque le Canada s’efface presque pour laisser place à l’Afrique, explique-t-il. Ma famille d’accueil était musulmane et polygame; un changement radical par rapport aux valeurs de la classe moyenne canadienne. La politesse et la convenance de ma famille d’accueil m’ont permis de découvrir l’Islam d’un point de vue particulièrement intéressant. »

Son expérience au Mali se révèlera être à l’origine de son dernier roman intitulé The Book of Negroes. La protagoniste, Aminata Diallo, commence son périple dans ce pays, vivant une existence simple dans un petit village avant d’être enlevée par des négriers africains.

« Je recherchais the book of Negroes avant même d’en avoir conscience, juste par mes fréquents voyages en Afrique, se confie Lawrence Hill. Je ne pense pas que j’aurais pu l’écrire si je n’étais pas allé en Afrique et je ne pense pas, non plus, que j’aurais pu avoir suffisamment confiance en moi pour le faire si je n’avais pas pu visualiser ce que j’écrivais.»

Le roman possède également une connexion canadienne, car à la suite de la guerre de l’Indépendance, des milliers de loyalistes noirs ont été installés en Nouvelle-Écosse. Leur nom, leur origine et leur description physique étaient recueillis dans un registre manuscrit que l’on appelait «The Book of Negroes » et qui a donné le titre de l’œuvre de Lawrence Hill. Après avoir laissé son nom dans le registre, l’héroïne se retrouve mêlée à un incident très peu connu de l’Histoire canadienne dans lequel 1 200 loyalistes noirs, insatisfaits par leur vie en Nouvelle-Écosse, ont mis les voiles à bord de quinze navires vers les côtes de l’Afrique de l’Ouest, pour finalement s’établir en actuelle Sierra Leone.

« Mon personnage doit inscrire son nom dans ce registre pour pouvoir quitter Manhattan. Elle arrive en Nouvelle-Écosse, pour dix ans plus tard, retourner en Afrique, explique-t-il. Ce qui est inhabituel dans cette histoire, pour aller vite, c’est que c’est une histoire sur le retour en Afrique. Ce n’est pas qu’une histoire sur la liberté en Afrique et puis l’esclavage, même si c’est un peu ça aussi, mais c’est surtout une histoire sur l’ultime libération et le retour aux origines.»

Tout comme l’Afrique, avec sa mosaïque de cultures et de peuples, continue d’exalter son imagination, les nombreuses crises qui affectent le continent le poussent à agir. Dans un éditorial récent paru dans le Toronto Star et cosigné par l’ancienne présidente du NPD, Audrey McLaughlin, Lawrence Hill prévient les dirigeants qu’ils ne doivent pas fermer les yeux sur les souffrances humaines en dehors de leurs frontières et qu’ils doivent s’engager à accroitre et optimiser l’aide, développer des politiques commerciales qui aident les populations vulnérables plutôt que de les écraser et finalement à annuler la dette.

« Nous avons vu le génocide rwandais se dérouler, nous avons vu le sida ravager le continent africain et nous, en tant que Canadiens, nous n’avons fait qu’une fraction de ce que nous aurions été capables de faire. Nous sommes responsables de l’humanité. Je ne crois pas que nous ne sommes responsables que du bienêtre des personnes vivant dans notre maison ou de nos voisins. Une mort ou une vie misérable au Mali n’a pas moins de valeur qu’une mort ou une vie misérable au Canada. »

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