L'égalité, ça compte

Éduquer pour protéger

Nous étions en pleine séance de préparation des débats d’orientation budgétaire à la mairie de Fongolimbi. En effet dans le cadre du plaidoyer pour une budgétisation sensible au genre nous préparions les directoires des Conseils de la jeunesse de Fongolimbi à plaider en faveur des thématiques de la santé de la reproduction leur tenant à cœur, c’est à ce moment que je fus interpellé.

«Oui c’est important» me dit Ndeye Astou Diallo, la présidente du club de jeunes filles de Fongolimbi village perché dans les hauteurs de Kédougou, un endroit quasi inaccessible à 28 km de la ville de Kédougou. Elle a 17 ans, elle est en classe de terminale, elle a des rêves pleins les yeux et une conviction chevillée au corps que les jeunes filles de Fongolimbi ont des droits autant que les hommes, autant dire un blasphème dans cette communauté peule hautement patriarcale de près de 10000 habitants. Ndeye Astou a cette capacité quasi surnaturelle de représenter ce qu’elle défend. Quand nous installions le LAM (laboratoire d’apprentissage mobile) dans son village en parcourant le contenu des tablettes branchées sur un système solaire car il n’y a pas d’électricité à Fongolimbi elle avait ironiquement indiqué: «Vous allez faire des heureux…» Avec un sourire en coin.

Quand mon collègue volontaire Oscar lui avait demandé pourquoi elle disait cela, elle a répondu : «Je suis une survivante de mariage forcé, à cause de mon refus j’ai été mise au ban de la famille et du village mais je me suis battue, avec l’aide de ma mère et nous avons tenu le coup ensemble, aujourd’hui je me prépare pour le BAC. Je l’aurai inchallah.»

«Oui c’est important…» a-t-elle dit comme si elle se répétait, puis me regardant avec ses énormes yeux cristallins toujours en éveil. «…pourtant ça ne va pas suffire Tonton Papi* (c’est le nom que les Enfants m’ont donné à Kédougou). On n’a pas de professeurs, il en manque énormément. C’est plus tenable, on doit faire quelque chose. Vous proposez quoi Tonton Papi?»

Voilà probablement un des plus grands impacts de Carrefour International à travers le projet DAMCAM (Ma voix, ma santé) dans la région de Kédougou ; des jeunes filles fortes, convaincues des enjeux et décidées à se battre pour ce qui leur revient de droit. Ma fierté est que nous avons formé des jeunes comme Ndeye Astou. Quand le projet a été implanté à Kédougou, elle avait juste 13 ans mais l’équipe de DAMCAM a transformé ces jeunes filles en véritables personnes d’exception. Elles sont devenues des références, des agentes de développement dans leur communauté.

Aujourd’hui Ndeye Astou est sollicitée de partout pour aider à l’autonomisation des femmes, elle réclame à Action Sénégal une ONG espagnole, des machines à coudre pour les filles déscolarisées de Fongolimbi, elle est présidente du club espagnol, trésorière et Ministre de l’équité et de l’éducation à la vie extérieure dans le gouvernement scolaire à ce titre elle avait inscrit les activités du gouvernement scolaire en 2022 sous le sceau de la lutte contre les grossesses précoces. Elle mène des activités de levée de fonds pour favoriser la prise en charge de l’hygiène des menstrues des jeunes filles de la région de Kédougou. Chaque Semaine elle rassemble des jeunes filles entre 10 et 19 ans pour mener des activités de sensibilisation à la Santé de la reproduction et droit des enfants aux frais du club de jeune fille de Fongolimbi sous l’égide de DAMCAM.

Je n’avais pas de bonne réponse mais il y a quelques années de cela aucune jeune fille n’aurait osé poser ce genre de question en publique. Le jour du débat devant le préfet; le maire et les conseillers réunis dont ses propres parents; Ndeye Astou a pris la parole et a demandé aux adultes d’agir en faveur de l’enfance et fait un plaidoyer pour une plus grande prise en charge des problématiques de l’éducation dans sa commune car dit -elle…. Éduquer c’est avant tout, protéger.

Mouhamadou Diallo, Volontaire Conseiller en plaidoyer et mobilisation des ressources
Sénégal, 2024

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