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Quand l’ambition devient action: le potentiel d’une politique d’aide internationale féministe

Par Susan Green

Susan Green avec Nomcebo, une membre d’un club d’autonomisation des filles au Swaziland.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’adoption de la nouvelle politique d’aide internationale du Canada soulève certaines questions : qu’entend-on exactement par politique d’aide internationale féministe? Poudre aux yeux ou levier d’action?

En fait, je crois qu’il s’agit d’une politique judicieuse. Le financement du développement international sera centré sur la réduction des inégalités entre les sexes et sur l’autonomisation des femmes et des filles. Il ne manque plus, pour consolider cette politique, que le gouvernement du Canada traduise cet ambitieux plan en action en y affectant un financement à long terme.

Nous vivons à une époque où les droits des femmes sont attaqués de toutes parts, y compris dans des pays où on croyait les progrès irréversibles.

Lors du lancement de la politique, la ministre du Développement international et de La Francophonie, Marie-Claude Bibeau, déclarait : « Le développement durable, la paix et une croissance au service de tous ne sont possibles que si les femmes et les filles sont respectées et pleinement actives au sein de leurs communautés. »

Le bien-être d’un pays est tributaire du traitement qui est réservé aux femmes, comme en témoignent les faits et chiffres suivants qui appuient les dires de la ministre :

  • La mortalité infantile est réduite de 9,5 pour cent pour chaque année de scolarisation supplémentaire des femmes en âge de procréer.
  • Lorsque les femmes participent aux processus de paix, la probabilité du maintien en place des accords de paix sur une période d’au moins deux ans augmente de 20 pour cent, et celle qu’un accord reste en place pendant au moins 15 ans augmente de 35 pour cent.
  • Des données probantes montrent que les femmes et les filles stimulent la croissance économique.

Plus de 40 ans après avoir accompli mon premier mandat de volontaire avec Carrefour International en Sierra Leone, je me suis récemment rendue au Swaziland et en Tanzanie où j’ai visité des projets qui renforcent les droits et le bien-être des femmes. J’y ai constaté de remarquables résultats : de jeunes femmes qui développent leur potentiel grâce à l’éducation, des victimes d’agression sexuelle qui ont accès à la justice et des femmes entrepreneures qui prospèrent.

Grâce à des partenariats novateurs avec des organisations locales inspirantes, soutenus par des volontaires canadiens et un financement public modeste, ces projets font partie des interventions qui apportent des changements concrets en matière d’égalité des sexes.

Dans ce contexte, en quoi une politique d’aide internationale féministe peut-elle être utile? Avenirs meilleurs, communautés renforcées et sociétés plus justes sont autant de résultats que cette politique peut générer.

Mais le temps presse. Dans le monde, une femme sur trois est victime de violence; dans la plupart des pays, les femmes ne gagnent en moyenne que de 60 à 75 pour cent du revenu des hommes; les femmes et les filles continuent d’être confrontées aux immenses problèmes du mariage forcé, des mutilations génitales féminines, et des risques de grossesse non désirée ou de maladie. Le gouvernement doit être prêt à associer à sa vision en matière de sécurité et défense le financement nécessaire pour la réaliser dans le cadre de la politique étrangère du Canada. Il doit être prêt à faire de même en matière d’aide et de développement. Or, dans son dernier budget, le gouvernement fédéral n’a nullement rétabli l’aide au développement à ses niveaux antérieurs : l’engagement du Canada en matière d’aide au développement se situe à 26 % du RNB, pratiquement le niveau le plus bas connu pour le Canada.

Carrefour et d’autres ONG canadiennes produisent des résultats concrets et mesurables. Il nous incombe maintenant — en tant qu’activistes, que spécialistes du développement et que Canadiennes et Canadiens bienveillants – d’inciter le gouvernement fédéral à faire de nouveaux investissements judicieux en développement international.

Nous avons les projets, nous avons des faits et chiffres encourageants qui témoignent des progrès que nous accomplissons et, avec cette annonce de la ministre Bibeau, nous avons maintenant une vision audacieuse.

Promouvoir l’égalité, en finir avec la violence fondée sur le genre, réduire la pauvreté et renforcer l’autonomie des femmes et des filles sont des buts qui requièrent non seulement de l’ambition, mais aussi des actions concrètes et de nouvelles ressources. De toute urgence.

Susan Green est une Carrefouriste (Sierra Leone, 1973), membre du conseil d’administration de Carrefour International et présidente du Comité du 60e anniversaire, et ex-présidente de l’Alberta Gaming and Liquor Commission.