Laisser les filles etre des filles

En dépit des mesures positives prises par le gouvernement burkinabé, les mariages précoces et forcés connaissent des niveaux critiques au Burkina Faso et jusqu’à 70% des filles de certaines régions sont mariées dès leur plus jeune âge. Le projet «Ti ba fidi», qui signifie «tolérance zéro contre les mariages précoces des filles de l’Est», vise à garantir que les filles puissent être des filles, libres d’aller à l’école et d’épouser la personne de leur choix, à un moment opportun.

 

 

le projet Ti ba fidi

Avec le partenaire local de la Coalition Burkinabé pour les droits de la femme (CBDF), une organisation locale de défense des droits des femmes, Carrefour a lancé 10 clubs de filles dans 5 villages qui soutiennent directement 200 adolescentes menacées de mariage forcé. Le programme atteint les plus vulnérables, y compris les filles en dehors du système scolaire. Les clubs sont des espaces sûrs où les filles se familiarisent avec les violences sexistes, la santé sexuelle et reproductive et leurs droits.

«Mon rôle de mentor est d’écouter les filles, les conseiller, leur enseigner la confiance en soi et de servir de modèle pour les autres adolescentes», explique Marie-Aimée Moyenga, une des dix mentors recrutés pour travailler avec les filles, qu’elles soient écolières ou non. «Je plaide également auprès des parents et des chefs de village.»

La pauvreté extrême, le manque d’éducation tout comme l’influence des traditions et de la culture contribuent tous au mariage des enfants. Les mariages précoces signifient que les hommes s’attendent souvent à ce que leur nouvelle épouse enfant tombe rapidement enceinte, le viol conjugal étant courant. Ces filles sont souvent obligées de quitter l’école une fois enceintes et ne reviennent jamais.

 

 

L’histoire d’Ella

Ella* a été forcée d’épouser un homme mais elle n’avait pas encore rejoint son mari. Moyenga a travaillé avec Ella pour l’aider, ainsi que sa famille, à repenser ce mariage précoce.

Moyenga a approché Ella avec le soutien d’une mère dont la fille était également membre du club et Ella a partagé sa situation. Moyenga a rencontré sa famille pour les aider à comprendre les risques d’un mariage précoce et forcé. La sœur cadette d’Ella s’était également mariée tôt, à l’âge de 17 ans, juste après avoir obtenu son diplôme d’études secondaires; ce qui a ralenti sa scolarité et sa croissance personnelle. Après la réunion et le plaidoyer de la mentor, la famille a accepté de renoncer à marier la jeune Ella. Ella est maintenant un membre actif du club et à travers différents thèmes d’activités , son état émotionnel a changé; elle est maintenant plus heureuse et est toujours la première à venir aux réunions.

 

faire passer le mot

La volontaire de Crossroads, Yvonne Sawadogo, également mère de 3 enfants, a rejoint CBDF en tant que chargée de communication et soutient l’extension du programme et sa portée vers la communauté, en personne et en ligne. Sawadogo a présenté de nouveaux outils et du matériel promotionnel et a permis d’accroître les compétences et l’expertise de l’équipe  de la CBDF par le biais des médias sociaux. En sensibilisant directement les filles, leurs parents et les chefs de la communauté, le projet «Ti ba fidi» montre l’importance de l’éducation, de la contraception et du droit des filles à choisir. Il espère changer la conversation dans plusieurs communautés en dehors de l’initiative en créant un groupe de travail mobile, en assistant à des émissions de radio, en organisant des projections de films et en trouvant des solutions urgentes pour les filles dans le besoin.

 

*le nom a été changé